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EXTENSION RENOVATION MUSEE DE LA POSTE

PARIS

Le Musée de la Poste a été conçu et livré par l’architecte, Grand Prix de Rome, André Chatelin en 1973.

Ce bâtiment est intéressant à plus d’un titre et mérite de passer outre les clichés souvent négatifs sur la production architecturale de cette période. C’est une façade emblématique de l’architecture des années 70 qui peut être considérée à ce titre comme une pièce de la collection du Musée, puisque pensée spécifiquement pour le Musée de la Poste. Elle s’inscrit clairement dans une version française de l’architecture brutaliste issue du mouvement moderne, tendance plus présente dans le monde anglo-saxon.

La façade principale sur le boulevard de Vaugirard est tout d’abord caractérisée par l’usage du béton brut, ici plus raffiné par la préfabrication (béton architectonique) et un usage hors échelle de grandes cannelures verticales (peut être une réminiscence néo-classique, après le passage d’André Chatelin dans l’atelier de Perret)

Le parcours muséographique est lui aussi une réelle prise de position architecturale. Cette version simplifiée du parcours muséographique du Musée Guggenheim de Frank Lloyd Wright à New York, menant en spirale descendante le public, par 16 quarts de plateau, depuis le 4ème niveau jusqu’au rez-de-chaussée a mérité d’être réinterprétée dans le chantier de restauration.

Une autre spécificité de cette œuvre consiste en l’intégration du travail du sculpteur Robert Juvin, en charge d’une intervention importante sur la façade sud pour donner vie aux trois niveaux aveugles réservés aux collections. Il était un des membres fondateurs du mouvement et de la revue « Le mur vivant » créé en 1965, qui comme le Groupe Espace ou le Centre de recherche de l’œuf, rassemblaient sculpteurs et architectes (Le Corbusier, Novarina, Lopez, …) tentés par la fusion de ces deux disciplines (notamment autour de leur matière fétiche, le béton dans le cas du « mur vivant ») Le musée possède une création à grande échelle, représentative de ces tentatives artistiques mêlant, avec emphase, lyrisme, monumentalité et modernité, sculpture et architecture.

Le sculpteur y travaille certes sur l’évocation de la taille douce d’un timbre à grande échelle, les dentelures se fondant dans les cannelures de la façade, mais le motif disparait et l’aspect remarquable réside surtout dans la palette de ces «artisans de la façade»; murs claustra, reliefs, textures, répétitivité géométrique du motif.

Au-delà des débats stylistiques, ne serait-ce que pour cette remarquable tentative artistique, au cœur du puissant boulevard de Vaugirard où il tient son rang, ce bâtiment méritait toute notre attention, notre curiosité, voire notre attachement.

Le projet propose d’intervenir essentiellement par une restructuration importante à l’intérieur du bâtiment et de la volumétrie d’origine, tout en respectant les intentions du projet d’André Chatelin.

L’objectif est de restructurer le bâti existant afin d’en faire un outil muséographique simple et rationnel. La proposition s’appuie sur les pérennités du bâti qui constituent les ancrages du projet.

Il va s’installer dans ce «déjà-là» en tirant sa force de l’expression du béton architectonique, de l’organisation du parcours muséographique ou de la révélation de l’«extrados» des sculptures de Juvin dans les salles de présentation des collections.

Le projet assume un bâtiment Janus; fermé au sud sur le boulevard avec le maintien du «masque» de la façade d’origine et au nord avec une façade ouverte sur la tour Eiffel et réinventée à partir de la structure originale existante. Le gradient de lumière d’une façade à l’autre permet d’organiser les collections en fonction du type d’éclairage, naturel ou artificiel et des préconisations de conservation préventive des objets (du plein soleil côté nord à la pleine obscurité contre la façade sud totalement aveugle)

L’organisation nouvelle du musée tourne autour d’un vide central qui traverse les espaces d’exposition permanente. Il reprend la même logique des circulations du parcours muséographique d’origine : accessibilité du plateau le plus haut par ascenseur, organisation des collections en spirales autour d’un espace référent dans lequel un escalier se déploie, en veillant à l’équité du déplacement avec les PMR par les ascenseurs panoramiques.

Cet espace référent met en contact les différents visiteurs avec la collection, surtout depuis la galerie d’accueil par la suspension au-dessus de la tête du public d’objets mythiques liés aux incessants développements des moyens de transport, «flottants» dans sa verticalité, une construction totemique.

Un lien physique et symbolique. C’est paradoxalement un lieu d’exposition parcouru, un lien vertical.

La galerie d’accueil en continuité avec l’espace public utilise toute la profondeur de la parcelle, en faisant pénétrer la lumière du jour depuis une verrière zénithale et son ouverture sur le jardin de toiture du bâtiment arrière.

Le dernier niveau bénéficie au Nord d’une vue panoramique sur la ville, le café du musée y trouve donc sa place naturellement.

La façade sud, « patrimoniale », n’est modifiée de façon mineure. Seule la partie basse pour y insérer l’ouverture vitrée et révéler toute la profondeur du nouveau socle public depuis le trottoir est remaniée (la base du musée ayant été fortement remaniée depuis les années 80 et n’est plus représentative du projet d’origine)

Au contact du trottoir une vitrine sur deux niveaux, conçue comme celle d’une boutique, en applique sur les motifs de béton architectonique, permet à la fois aux expositions temporaires et à la boutique de s’ouvrir à l’espace public.

Cette baie rejoint la géométrie des sculptures de Juvin et forme la proposition terminale, arrivée au sol, de la composition générale.

Le vitrage en sera sérigraphié en écho à la triangulation modulaire des sculptures ainsi que certaines des portes principales d’accès.

La façade originelle, une fois révélée par ce projet, peut constituer une forme forte, caractéristique, capable de porter l’identité même du Musée de la Poste.

La façade nord est réinventée à partie de la structure de béton armé d’origine vidée de ses remplissages maçonnés.

Ce dessin structurel, raconte son histoire, révélant les différents niveaux d’origine et lui confère une expressivité particulière, contemporaine, vivante et forte, d’une matérialité identique à la façade sur le boulevard.

La structure est découpée en certains points pour ouvrir de grandes fenêtres, dégageant plus amplement sur la ville.

Les baies libérées par la structure seront remplies par des inserts contemporains plus délicats ; soit par de grands châssis vitrés verticaux, soit par des panneaux sandwich présentant une vêture grise de métaux bruts (inox, aluminium,…) en écho à une composante majeure de la couleur de Paris, le zinc.

PROGRAMME

Rénovation et extension du musée dans son bâtiment d'origine

(1973)

LIEU

Paris

DATE

Livraison 2019

COÛT

20 500 000 € H.T.

SURFACE

5 200 m² sdp

MAITRE D'OUVRAGE

Poste Immo